Pourquoi la préparation mentale des sportifs peut-elle être bénéfique pour les dirigeants ?

Les athlètes de haut niveau ne sont pas les seuls à devoir gérer la pression, les échecs et la nécessité de se dépasser. Sur un autre terrain, celui de l’entreprise, les dirigeants affrontent des enjeux qui ressemblent, à bien des égards, à ceux d’une compétition. On les décrit parfois comme des « athlètes de la décision ».

Et si la préparation mentale pour dirigeants, inspirée de celle des sportifs, devenait un vrai levier de performance ? La réponse est oui, à une condition : comprendre ce qui se transpose réellement d’un monde à l’autre, et ce qui relève des spécificités du dirigeant

 

Dirigeant et athlète : des fondamentaux partagés

Le parallèle entre le sportif de haut niveau et le chef d’entreprise n’a rien d’un effet de style. Les deux partagent un socle commun d’exigences mentales :

  • Ils fixent des objectifs ambitieux et structurants, et savent que motivation et confiance sont étroitement liées à ces objectifs : sans cap clair, l’énergie se disperse et la confiance s’effrite.
  • Ils font face au stress et aux émotions dans des moments à fort enjeu, où la lucidité fait la différence.
  • Ils animent une équipe, coordonnent, communiquent, parfois entre plusieurs générations.
  • Ils s’appuient sur des routines et des bilans réguliers — le débriefing du sportif a son équivalent dans la revue de projet du dirigeant.
  • Et surtout, ils doivent sans cesse s’adapter, ajuster leur stratégie face à l’imprévu.

William David à l'arrivée de la Race Across France 2021

William David illustre bien ce croisement. Dirigeant d’une société de gestion de patrimoine qu’il a fondée, il est aussi ultra-cycliste : en 2022, il a parcouru les 4 000 kilomètres de la NorthCape 4000, de l’Italie au Cap Nord, après s’être aguerri sur la Race Across France. Préparer une telle aventure tout en menant son entreprise et sa vie de famille exige exactement les mêmes qualités mentales que piloter une PME en croissance : clarté des objectifs, gestion de l’énergie, lâcher-prise et confiance. Son enjeu, disait-il, était de « réussir cette NorthCape et de faire une bonne année professionnelle » — la double performance résumée en une phrase.

 

Le dirigeant, un sportif de haut niveau… particulier

Si les points communs sont réels, les différences le sont tout autant — et c’est en les regardant de près qu’on comprend ce qu’est vraiment la préparation mentale d’un dirigeant. Car il ne s’agit pas de plaquer mécaniquement les recettes du sport sur l’entreprise : les métaphores sportives sonnent creux si l’on ignore ce qui sépare les deux mondes.

Une temporalité radicalement différente

Un sportif dispute quelques compétitions par an, dont un ou deux objectifs majeurs qu’il planifie longtemps à l’avance. Il connaît la date, il prépare son pic de forme.

Le dirigeant, lui, enchaîne plusieurs « championnats du monde » par mois — un conseil d’administration, une négociation, un arbitrage décisif — et beaucoup surviennent sans prévenir, sans qu’il ait eu le temps de s’y préparer. Sa performance se joue sur le temps long, sans limite d’âge ni saison morte, ce qui exige une capacité d’adaptation permanente.

Seul, et sans staff

L’athlète de haut niveau est entouré : entraîneur, préparateur physique, préparateur mental, staff médical.

Le dirigeant, lui, est le plus souvent seul face à ses décisions. Il est à la fois l’entraîneur et l’entraîné, sans regard extérieur pour l’aider à repérer ses angles morts. Cette solitude, comparable à celle du compétiteur sur la ligne de départ, est plus permanente encore.

Un « athlète sans corps »

Le sportif sait que sa performance passe par son corps : il l’écoute, le prépare, récupère.

Le dirigeant, lui, oublie souvent cette dimension physique. Il enchaîne les journées sans échauffement, sans récupération, sans attention à son sommeil ou à son énergie. Or la performance durable, dans l’entreprise comme dans le sport, repose sur cet équilibre entre le corps et l’esprit.

Cette réalité a un coût, aujourd’hui documenté : selon le baromètre de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et de Bpifrance Le Lab, près d’un dirigeant sur trois se dit en difficulté psychologique, et les troubles du sommeil comme l’anxiété touchent désormais près de la moitié d’entre eux. Autant de signaux qui rappellent que la performance du chef d’entreprise, comme celle de l’athlète, ne tient pas sans un minimum d’attention à soi.

 

Ce que le dirigeant peut transposer

Ces différences posées, plusieurs apports du sport se transposent avec profit à la conduite d’une entreprise — à condition de les adapter.

Le premier est la préparation elle-même. Là où le sportif ne s’imaginerait jamais aborder une compétition sans s’y être préparé, le chef d’entreprise peut apprendre à se préparer à ses moments à enjeu : structurer sa prise de parole avant un conseil, tester sa communication verbale et non verbale, anticiper les scénarios difficiles, installer une routine de performance pour être disponible physiquement et mentalement le jour J. Cela suppose d’abord de mieux se connaître sur le temps long, puis de développer ses habiletés mentales sur le temps court, celui de l’action.

Viennent ensuite la gestion du stress et la régulation des émotions — deux registres distincts, que le sportif préparé apprend à ne pas subir. La respiration et la visualisation, mobilisables en direct, aident à réguler l’activation avant ou pendant un moment tendu ; le travail du dialogue interne, lui, transforme une pensée qui sabote en appui. S’y ajoute un principe que le sport enseigne bien : viser l’excellence plutôt que la perfection, car la perfection ne laisse aucune place à l’erreur, donc à l’audace.

Le dernier apport, le plus négligé chez les dirigeants, est la récupération. Dans le sport, elle est planifiée, considérée comme une phase active de la performance, pas comme du temps perdu. En entreprise, elle passe souvent à la trappe. C’est pourtant elle qui protège de l’épuisement et permet de tenir dans la durée : gérer son énergie et « refaire les niveaux », soigner son sommeil, réintégrer une activité physique régulière. William, par exemple, a fait de la gestion de son sommeil et de son énergie un pilier de sa préparation — un réflexe directement transférable au quotidien d’un dirigeant.

 

P.A.R.I.®, une méthode née de ce croisement

C’est précisément de cette rencontre entre le sport et l’entreprise qu’est née la méthode P.A.R.I.® — Préparer, Agir, Récupérer, Intégrer. Elle décrit le cycle d’une performance durable : préparer ses échéances, s’engager pleinement dans l’action, récupérer pour durer, puis intégrer l’expérience vécue pour progresser.

Conçue à partir du vécu sportif et de l’expérience de la direction d’entreprise, cette méthode parle autant à l’athlète qu’au dirigeant, car elle repose sur les mécanismes communs aux deux mondes. Elle offre au chef d’entreprise un cadre concret pour transposer, à son rythme et selon ses contraintes, ce que le sport a de plus utile à lui apprendre.

 

Préparation mentale du dirigeant et coaching de dirigeant : deux approches qui se nourrissent mutuellement

La préparation mentale du dirigeant ne remplace pas le coaching de dirigeant : elle le nourrit, et réciproquement. Le coaching travaille la posture, la vision, les relations, la prise de décision ; la préparation mentale y ajoute l’entraînement des habiletés — concentration, gestion du stress, confiance, présence dans l’instant — et l’attention au corps et à l’énergie.

Les deux approches se rejoignent dans une même idée : le dirigeant gagne à être accompagné, comme l’athlète l’est par son entraîneur. Un regard extérieur bienveillant et exigeant l’aide à voir ce qu’il ne voit pas seul, à réguler son effort et à durer. C’est là que le sport a peut-être le plus à transmettre à l’entreprise : non pas une collection de techniques, mais l’idée que prendre soin de soi n’est pas un luxe — c’est une stratégie de performance durable.

Cette idée porte un nom : la robustesse. Être robuste, ce n’est pas résister coûte que coûte, ni tenir en serrant les dents. C’est savoir s’écouter pour reconnaître ses besoins et ses limites, réguler son effort et son énergie, ajuster son approche face aux défis. Un dirigeant robuste n’est pas celui qui ne flanche jamais, mais celui qui a appris à durer sans se perdre — exactement ce que la préparation mentale, née du sport, apprend à construire.

Pour aller plus loin :